"Les
Algériens, entre guerre d'Algérie et appel
de main-d'oeuvre" Intervention
de J.R.Genty au colloque de l'ADI ( Association
pour le développement interculturel). Mai 2005
à Courrières Jean-René
Genty "L'ART
DU RÉCIT DE VIE" LA DÉMARCHE DE CHISTORIEN
FACE AUX TRAVAUX DE SAYAD Jean-René
Genty Rémy
Valat Svlvestre
Tchibindat
Un
tournant de la " Bataille de Paris " : l'engagement de
la Force de police auxiliaire (20 mars
1960).
Immigration
et politique de l'habitat
|
Article paru dans la
revue de l'inspection générale N°1
février 2004 "École et République.
Ministère Jeunesse, Education, Recherche."
École
et islam Jean-René Genty,
inspecteur général de l'administration de
l'éducation nationale et de la
recherche " Il est vrai
que plus que d'autres religions, le christianisme par
exemple l'Islam s'implique comme tel dans la
société, les institutions et jusque dans
les figures de la vie. Là réside, aux yeux
des théoriciens , un privilège que certains
dircissent en dimemme. Il prête, ce dilemme,
à des shématismes dangereux " Jacques
Berque1 Écrire sur le
thème de l'école et de l'Islam demeure une
gageure tant cela défie tout effort de
synthèse et de clarification et suscite amalgame
et caricature. Se situant dans la
question plus générale de la rencontre
entre l'islam et l'occident, la réflexion mobilise
les argumentaires réciproques
énoncés dès 1883 au cours du
débat relatif à l'islam et la science qui
opposa Ernest Renan et le cheikh Gemmal Eddine el Afghani
2. La question se pose avec
acuité car l'institution scolaire accueille
désormais de nombreux jeunes musulmans issus de
l'immigration. La rencontre entre l'institution
républicaine et des populations fortement
marquées par des conceptions juridiques
spécifiques articulées autour de la notion
de statut personnel, constitue l'objet véritable
du débat. Pourtant, avant de
regarder les difficultés, il est permis de
s'interroger sinon sur la pertinence de la
démarche, du moins sur la signification et la
réalité des phénomènes
observés et dénoncés. De nombreux
travaux réalisés au cours de la
dernière décennie semblent indiquer un
processus rapide d'alignement des pratiques religieuses
des musulmans vivant en France sur celles des croyants
des religions "traditionnelles", chrétiennes
notamment. Que ce soient les travaux des équipes
de Bruno Etienne ou la grande enquête de
Michèle Tribalat, tout semble montrer une
évolution accélérée vers des
attitudes similaires à celles des fidèles
des autres religions 3. Le texte qui suivant esquisse un
tableau de la situation du point de vue de l'observateur
de terrain. Après avoir recensé "les
questions qui fâchent"4, on insistera sur un aspect
important de l'évolution de l'islam en France, son
intellectualisation, pour évoquer ensuite les
attitudes des acteurs institutionnels. Islam et école
: les questions qui fâchent De nombreux
témoignages publiés, des incidents
recensés par les autorités ainsi que des
observations recueillies lors des visites en
établissement permettent de conclure à une
visibilité accrue de comportements plus ou moins
en rapport avec l'islam là où se trouvent
d'importantes populations immigrées5. Certaines
des attitudes relèvent de pratiques religieuses
proprement dites, d'autres sont des comportements
déviants qui se parent plus ou moins explicitement
de références religieuses. >>" Les
pratiques religieuses" II s'agit des
comportements directement liés à la
pratique religieuse. On y trouve le particularisme
vestimentaire, l'observance des interdits alimentaires,
le respect du jeûne et la participation aux
fêtes religieuses. Si chacune de ces attitudes
adoptées individuellement ne peut ni ne doit
soulever aucune objection ou difficulté majeure,
elles peuvent rapidement perturber la vie d'une
collectivité-scolaire lorsqu'un nombre
significatif d'élèves les adoptent.
L'exemple classique demeure la fin du ramadan en cours
qui s'accompagne parfois de revendications pour que la
rupture du jeûne s'accomplisse pendant l'heure
d'enseignement. Le particularisme vestimentaire pose un
problème particulièrement complexe
notamment quand il se traduit par le port du voile car
cela renvoie au statut personnel de la femme dans la
société musulmane, "égale au croyant
en religion mais mineure en droits dans la
société" selon la formule de Leïla
Babès 6. >>" Les
attitudes déviantes" II s'agit d'attitudes
explicitement agressives dans lesquelles la religion
semble jouer un rôle essentiellement
idéologique. On peut citer le défaut
d'assiduité à certains cours, voire la
critique des contenus selon une grille politico
religieuse. Dans un autre registre, le rôle de la
référence religieuse mal comprise
paraît difficile à évaluer dans le
processus général de dégradation des
relations entre adolescents et adolescentes. On a
évoqué précédemment le statut
personnel de la femme dans le monde arabo-musulman. Tout
ceci reste à nuancer comme le montrent les
ouvrages de Malek Chebel7 mais il vrai que les propos de
théologiens actuellement influents au sein de
l'islam européen jettent une lumière
inquiétante sur l'influence potentielle de
certains discours8. La judéo phobie
constitue un axe structurant de nombreux comportements
déviants. Attitude répandue, longtemps
sous-estimée voire occultée, elle
s'enracine dans un fonds théologique ancien qui
imprègne le milieu familial,
réactivé pour les plus jeunes par la
tragédie moyenne orientale9. II y a là sans
doute un élément déterminant
longtemps sous estimé car considéré
comme uniquement conjoncturel10. On pourrait
évidemment citer d'autres comportements, pressions
voire agressions, plus ou moins habillés de
références religieuses. Islam en France : une
structuration et une intellectualisation qui empruntent
la voie de la spiritualité On a souvent
attribué les difficultés d'insertion dans
le cadre de la République laïque à ce
qu'on appelait "l'islam des caves". On entendait ainsi
dénoncer la faiblesse intellectuelle de
l'encadrement religieux et sa supposée
inféodation à des états
étrangers. On peut remarquer que les pouvoirs
locaux (essentiellement patronaux) et nationaux avaient
délégué sans scrupule entre 1960 et
1980 la "gestion des caves" aux appareils policiers de la
monarchie chérifienne et de la république
algérienne démocratique et populaire.
Parallèlement, on a sans doute sous-estimé
un processus puissant et rapide d'intellectualisation et
d'autonomisation de l'islam en France. A la fin des
années quatre-vingt, en réaction à
la ghettoïsation, aux difficultés de tous
ordres, aux déceptions et aux manipulations, un
mouvement d'adhésion à la religion s'est
produit dans le milieu des jeunes diplômés.
Ce mouvement a emprunté des voies diverses mais il
a abouti à la naissance d'un islam
intellectualisé, minoritaire, proche des gens et
en voie de sécularisation rapide. >> Un islam
intellectualisé Renouant, à un
siècle et demi de distance, avec les exemples d'El
Afgâni, et de Mohamed Abdou qui firent de Paris un
grand centre de la renaissance intellectuelle musulmane,
des intellectuels ont développé une
réflexion foisonnante sur la manière pour
un croyant de vivre sa foi dans un pays non musulman. Ce
travail sur soi, qui s'appuie sur l'étude de la
tradition et des grands réformateurs, emprunte
à la théologie, la sociologie,
l'anthropologie voire la psychanalyse et tente de penser
l'articulation entre islam et
modernité. >>Un islam de
minorité Ces
théologiens réfléchissent au
positionnement des musulmans en minorité dans ce
que l'on appelait traditionnellement "le pays de la
guerre". Actuellement, deux personnages polarisent
l'attention. Le plus connu, Tariq Ramadan,
développe une réflexion
délibérément axée sur
l'appropriation par les musulmans de l'héritage
européen et réfléchit plutôt
en termes de groupes, d'aucuns pourraient parler de
communautarisme bien que l'intéressé s'en
défende11. Ramadan utilise volontiers la notion de
témoignage pour décrire la présence
des musulmans en Europe. Ce terme est intéressant
car il est directement emprunté à
l'église catholique pour qualifier sa
présence en terre d'islam. Limam de la
mosquée de Bordeaux, Tareq Oubrou,
s'intéresse surtout aux pratiques privées
et à la manière d'adapter les dispositions
du statut personnel aux exigences des
sociétés laïques occidentales. II
s'agit de construire, fatwa après fatwa, une
charia de la minorité, soit le minimum de ce que
les musulmans peuvent pratiquer en occident. >> Un islam de
proximité Les
jeunes musulmans préfèrent de beaucoup
l'action locale et se méfient des "grandes
machines". A cet égard, ils sont très
représentatifs de la France des années
2000. Parallèlement l'alliance entre l'islam
populaire et l'islam intellectualisé est forte,
quasi organique. L'exemple de Tariq Ramadan
réunissant des dizaines de lycéens et
d'étudiants dans des séminaires
organisés par des associations cultuelles en
constitue un exemple impressionnant. La consultation des
nombreux sites Internet révèle cette
volonté de donner aux croyants des informations et
des repères pour leur conduite
quotidienne. Un thème
fréquent résume à lui seul cette
alliance organique, celui de l'ancien voyou qui se
transforme en prosélyte dans son quartier. Cette
attitude irrite les observateurs extérieurs mais
elle correspond à un archétype, celui du
brigand devenu ermite, que l'on retrouve à la fois
dans l'islam classique et dans les formes religieuses
très présentes au Maghreb (maraboutisme et
culte des saints 12). Les approches collectives
n'excluent pas la valorisation de la démarche
individuelle qui renoue avec un principe fort de l'islam
originel, le contact direct entre le créateur et
le croyant. En observant cette évolution, on ne
peut s'empêcher d'évoquer la
révolution du croire analysée par Marcel
Gauchet. Cette évolution se
caractérise par une autonomisation croissante et
une individualisation de la pensée religieuse. On
assiste à un processus de sécularisation
très rapide, conditionné par
l'intellectualisation évoquée
précédemment. Leïla Babès
résume à l'aide de la formule suivante le
processus en train de se produire : "l'originalité
de l'intellectualisation n'est pas scepticisme ou
discours réformiste, mais une exigence de croire
qui débouche sur une spiritualisation."
13 Autrement dit, à
"l'islam des caves" succède, ou plus exactement se
superpose un islam piétiste, à la fois
intellectualisé et populaire, avec des cadres dont
les comportements ne correspondent pas exactement
à ce qu'espérait la république.
Cette évolution peut éclairer un certain
nombre de situations rencontrées dans des
lycées où les équipes enseignantes
se trouvent confrontées à des
élèves déterminées - les
filles semblent jouer un rôle
prépondérant - maîtrisant parfois
(souvent ?) des connaissances et un art de la dialectique
la plupart du temps ignorés des
adultes. Le modèle
républicain confronté à la
revendication d'inspiration religieuse Dans l'économie
générale du système
républicain, l'école occupe une place
particulière. La situation actuelle résulte
d'un équilibre atteint à l'issue d'un.
Siècle et demi de lutte entre République et
l'Eglise catholique à qui l'Etat avait
laissé la mission d'enseigner. La présence
de l'islam pose la question d'une manière
totalement inédite dans la mesure où cette
religion correspond à une mutation de la
société française14. A ce sujet, on
se contentera de formuler trois remarques. Les visites
d'établissement permettent de constater combien
les attitudes adoptées localement pour
répondre aux comportements décrits
précédemment sont extraordinairement
diverses sinon contradictoires. Les optimistes y voient
une préfiguration de l'extension des domaines
d'autonomie de l'EPLE, les autres constatent que, pour la
même situation, les réponses peuvent
être différentes voire parfaitement
contradictoires. Dans tel établissement, la
proviseure interdit le port du voile dès la grille
franchie, dans un autre, pas très
éloigné, on pourra voir des
lycéennes porter des cagoules ajustées y
compris en cours de physique ou de chimie15. On peut
même considérer que, désormais, dans
des agglomérations où vivent de nombreux
musulmans, le facteur religieux est intégré
dans les processus de choix des familles. Celles qui sont
très attachées à la tradition
religieuse "choisiront" tel lycée
réputé plus souple plutôt que tel
autre 16. On retrouve ainsi les stratégies
d'évitement utilisées habituellement pour
d'autres objectifs. Cette
hétérogénéité des
réponses constitue une difficulté majeure.
On peut se demander parfois si les acteurs du
système, personnels d'encadrement,
d'éducation et enseignants maîtrisent
suffisamment les principes de la laïcité qui
leur permettraient de se positionner clairement tant
vis-à-vis des difficultés quotidiennes que
dans les crises ouvertes. Cette carence se fait
désormais sentir avec acuité compte tenu de
l'importance du renouvellement important des enseignants
se traduisant par l'afflux de nouveaux recrutés.
II faudrait au sein de ces nouvelles promotions, accorder
une certaine attention aux jeunes enseignants et
notamment ceux issus de l'immigration, eux-mêmes de
culture arabo-musulmane, qui peuvent se trouver
mis en difficulté par des élèves -
et aussi par un environnement professionnel prompt
à les considérer comme des intercesseurs -
enclins à jouer de la pression psychologique. A
cet égard, la recommandation formulée par
le rapport de Régis Debray sur l'enseignement du
fait religieux, concernant la mise en place d'un module
obligatoire dans les IUFM à destination de tous
les futurs enseignants, demeure toujours
d'actualité. L'hétérogénéité
des postures et l'affaiblissement des cadres de
référence s'explique bien entendu par les
évolutions internes de la société en
général donc de l'école.
Placés dans un cadre général
d'indifférence/tolérance, les acteurs ont
perdu l'habitude du recours à la critique
intellectuelle. L'accélération de
l'évolution s'explique également par la
prise de conscience accrue du caractère
particulier de la situation française, processus
qui se renforce notamment avec l'intégration
européenne. C'est d'ailleurs dans ce contexte que
les principaux penseurs musulmans européens
situent leurs réflexions et de nombreux
argumentaires prennent appui sur des comparaisons entre
pays voisins. Car, notamment dans les pays de l'Europe du
nord, l'articulation entre pouvoir politique et
églises s'est construite différemment. Les
questions qui nous préoccupent se traitent dans
une optique communautariste y compris d'ailleurs dans la
Belgique catholique17. Or ces modèles semblent
fonctionner et en tout cas, ne pas aboutir à des
résultats plus mauvais que le système
français sur le plan de l'intégration ou du
contrat politique constituant la nation. Il est vrai
qu'il est très difficile de procéder
à des comparaisons pertinentes en ce domaine,
chaque pays ayant construit sa propre
conception. Il est temps de rappeler
que les attitudes et les situations
évoquées dans cet article ne concernent que
quelques milliers d'individus, soit un pourcentage infime
des populations de confession musulmane. L'approche
choisie induit de mettre l'accent sur les chocs et les
crispations. Or ce qui se passe sous nos yeux est
beaucoup plus complexe. Il y a interaction entre les
statuts, les références et les modes de
vie. Dans sa thèse sur la réussite des
enfants issus de l'immigration algérienne,
Zaïhia Zeroulou met l'accent sur la stratégie
familiale dans la réussite de l'enfant. Cette
mobilisation passe par un certain arrachement à la
tradition, au repli sur soi qui correspond à une
rupture relative avec le milieu d'origine 18. Ce
processus n'est d'ailleurs pas spécifique à
la condition de l'immigré. Annie Ernaux en a
exprimé la douleur ressentie par une adolescente
d'origine ouvrière dans un livre très
émouvant 19. II serait
évidemment prometteur et réconfortant de
décrire les innombrables bricolages individuels
élaborés dans le quotidien d'où
émergent peu à peu un nouveau visage de la
pratique religieuse20. L'école doit avoir aussi
conscience de cette réalité. 1-BERQUE, Jacques,
Andalousies, Arles, Actes Sud, 1997, 236 p, p
221. 2-RENAN, Ernest, L'islam
et la science avec la réponse d'Afghâni,
Montpellier, l'archange minotaure, 2003, 56 p. Renan
développe la thèse de l'opposition radicale
entre islam et science voire instruction. Il argumente
à partir de la "fermeture des portes de
l'ijtihad"(réflexion personnelle du croyant) au
XIème qui rendit très difficile l'exercice
de la philosophie. 3-TRIBALAT,
Michèle, Faire France. Une enquête sur les
immigrés et leurs enfants, Paris, La
Découverte, 1F= 225 p ; voir aussi l'enquête
IFOP-Le Monde de septembre 1994. Michèle Tribalat
vient de publier avec Jeanne-Hélène
Kaltenbach un ouvrage très stimulant
intitulé La république et l'islam. Entre
crainte et aveuglement, Gallimard 2002, 338 pages. On
trouvera également des éléments dans
le livre d'Emmanuel Todd, Le destin des immigrés.
Assimilation et ségrégation dans les
démocraties occidentales, Paris, Le Seuil, 1994
391p. 4-Référence
au livre utile et tonique de Bruno Etienne, Islam: les
questions qui fâchent, Paris, Bayard, 2003,
178p 5-BRENNER, Emmanuel, Les
territoires perdus de la République, Paris,
Fayard, 2003, 238 p ; Islam,
école et identité, dossier publié
par Le Monde de l'Education, décembre
2001. 6-BABÈS,
Leïla et OUBROU, Tarecq, Loi dAllah, loi des hommes,
Paris, Albin Michel, 2002. 7-CHEBEL, Malek,
L'imaginaire arabo-musulman, Paris, PUF, 1993, 388 p ; Le
corps en islam, Paris, PUF, 1999, 234 p. 8-Ainsi des raisonnements
de Tareq Oubrou sur l'excision ou sur le poids du cerveau
féminin ; Leila Babe et Tareq Oubrou, Loi d'Allah,
loi des hommes, op cit. Les raisonnements adoptés
montrent la difficulté à s'extraire de
l'interprétation littérale du texte
sacré. 9-Pour les musulmans, les
juifs et les chrétiens sont des falsificateurs.
Rappelons que le Coran retranscrit directement la parole
de Dieu alors que l'Ancien et le Nouveau Testament ne
sont que des témoignages de seconde main. Les
chrétiens sont un peu moins mal
considérés que les juifs car ils ont
reconnu le prophète Jésus (mais ils l'ont
déifié) placé au premier rang par
les mystiques soufis. Pratiquement, le Coran exprime des
positions contradictoires à l'égard des
juifs. Cela peut s'expliquer par la volonté de
Mohamed d'englober les tribus juives et
chrétiennes dans son projet et les échecs
qu'il a rencontrés. 10-Voir le récit
de LINHART, Robert dans L'établi au cours duquel
son camarade de chaîne lui dit : "Non, ça ne
se fait pas, c'est juif ", Paris, éditions de
Minuit, 1978, PP 149-150. 11-RAMADAN, Tariq,
possède à la fois la
légitimité intellectuelle (il est
diplômé de philosophie et de
théologie), et celle issue de la tradition. Il est
le petit-fils de l'égyptien Hassan el Banna,
fondateur du mouvement des Frères Musulmans,
assassiné par la police politique de Farouk en
1949. 12-Il ne faut pas
sous-estimer la persistance jusqu'à maintenant au
sein de l'immigration algérienne, des formes
d'organisation confrériques notamment chez les
migrants berbères, kabyles et oranais (le triangle
des saints : Marnia-Tlemcen- Nedromal) 13-BABÈS,
Leïla, L'islam positif. La religion des jeunes
musulmans de France, Paris, éditions de l'atelier,
1997, 223 p. L'auteur analyse en détail ce
processus de réinvestissement du religieux par de
jeunes musulmans. Elle explique l'influence des
Frères Musulmans par la volonté de ce
courant de penser la modernité sociale et
politique d'un point de vue musulman. 14-La présence de
l'Islam en France n'est pas une nouveauté.
L'aventure historique de la colonisation a
légué une certaine expérience
notamment dans le cas de l'Algérie. Mais il n'est
pas sûr que cela constitue un héritage utile
en ce domaine. Rappelons que la France en Algérie
n'a pas appliqué la toi de 1905 et qu'elle a
conservé le système existant avant la
conquête tout en le contrôlant
étroitement. 15-Ce qui montre que
l'interdiction motivée par des motifs
sécuritaires se situe sur un terrain qui ne
correspond absolument pas à celui choisi par les
lycéennes ou leurs familles. Interdire le port de
ces cagoules fabriquées pour cet usage
spécifique au nom de la sécurité
n'est plus crédible. 16- Ces comportements se
sont par exemple développés dans
l'agglomération de Lille-Roubaix-Tourcoing
où les familles ont de fait le choix entre trois
systèmes, les établissements publics, les
établissements privés sous contrat et le
système scolaire belge. Bien entendu, ces
stratégies sont surtout le fait des milieux de la
classe moyenne. Quand à l'ouverture du
lycée musulman à la rentrée 2003,
elle est surtout à interpréter comme une
démarche interne destinée à assurer
la prééminence de la mosquée de
Lille sud (et de son recteur) au sein de la
communauté musulmane régionale. 17- On reprendra bien
sûr la distinction entre pays catholiques et pays
protestants. Dans les premiers, la séparation de
l'Eglise et de l'Etat n'a pu se réaliser que par
"une intervention volontariste, voire chirurgicale" selon
l'expression de Marcel Gauchet (La religion dans la
démocratie, Paris, Gallimard, 2002, 173 p, p 191,
alors que dans les seconds, le processus d'autonomisation
s'est produit au sein de la sphère religieuse.
Quant à la Belgique catholique, il s'agit d'un
puzzle de communautés où les citoyens se
définissent largement par leur appartenance
à différents ensembles, on s'y
réclame explicitement d'un groupe linguistique,
d'une confession et d'une appartenance politique et
syndicale qui détermine l'insertion dans la
société (mutuelles, hôpitaux,
institutions diverses). L'approche communautaire y trouve
un accueil favorable. 18-ZEROULOU, Zaïhia,
La réussite scolaire des enfants
d'immigrés. L'apport d'une approche en termes de
mobilisation, Revue française de sociologie, XXIX,
1988, pp 447 à 470. "Les attitudes mobilisatrices
des parents sont le produit de trajectoires impliquant
une rupture avec les pratiques du pays d'origine et
celles de la communauté
immigrée". 19-ERNAUX, Annie, La
place, Paris, Gallimard, 1986, 114 p, "J'ai fini de
mettre au jour l'héritage que j'ai dû
déposer au seuil du monde bourgeois et
cultivé quand j'y suis entrée", p
111. 20-C'est dans la question
des inhumations que l'on peut constater une
évolution rapide des attitudes mais il vrai que
cela passe par l'instauration des carrés
musulmans cf. CHAÏB, Yassine,
L'émigré devant la mort. La mort musulmane
en France Edisud, 2000. cf. GENTY,
Jean-René, La terre, les pierres et les morts.
Evolution de l'inhumation des migrants de confession
musulmane dans les cimetières du
Nord/Pas-de-Calais, in Regards croisés,
l'immigration dans le
Nord/Pas-de-Calais, Béthune, documents
d'ethnographie régionale du Nord/Pas-de-Calais,
n°12, 2002, 191 p.
La lettre de DMA (Association
des amis d'Abdelmalek Sayad). N°9- Novembre 2004 D'un monde à l'autre,
Institut social Lille Vauban. "L'ART
DU RÉCIT DE VIE" LA DÉMARCHE DE CHISTORIEN
FACE AUX TRAVAUX DE SAYAD Il est des auteurs que l'on
découvre plus ou moins tardivement. Ce fut le cas,
en ce qui me concerne, d'Abdelmalek Sayad. Travaillant
alors sur les premières vagues de migrants venus
dans la région, j'avais plutôt
privilégié les observateurs contemporains
de ces arrivées comme Octave Depont, Robert
Montagne, Pierre Laroque, Louis Chevalier ou encore
JeanJacques Rager. Tous ces auteurs observèrent et
analysèrent le mouvement migratoire avec un regard
colonial Vint la découverte des
travaux d'Abdelmalek Sayad. Cette rencontre avec une
uvre à laquelle on accède par de
multiples entrées fut déterminante.
L'approche adoptée par l'analyste consistait
à se placer au sein même du mouvement
migratoire et à proposer une description dynamique
insistant sur les causes du départ et sur la
difficulté de vivre ailleurs. Au fil de travaux historiques
menés dans un cadre monographique, la
référence à trois
éléments présents dans l'ceuvre
d'Abdelmalek Sayad s'imposa de manière
récurrente : Dans " Les trois âges de
l'émigration ", le sociologue décrit et
modélise la manière dont le
mécanisme migratoire s'est enclenché,
organisé puis modifié tout au long du
XXème siècle. " C'est ainsi qu'à
chacune des deux grandes périodes de l'histoire
récente de la société rurale
algérienne, chacun des deux états
successifs des structures tes plus fondamentales de
l'économie et de la pensée paysanne ainsi
que de tout l'ordre social du monde rural, correspond
à un " âge " distinct de
l'émigration, c'est-à-dire un mode de
génération différent de
l'émigration et une " génération "
différente d'émigrés ". Certes,
certains aspects de cette réalité avaient
été décrits dans des textes
antérieurs comme l'article de Robert Montagne sur
l'émigration nord-africaine, mais ceuxci ne
revêtaient pas la même force d'analyse et
d'évocation2 Ces textes demeuraient
profondément imprégnés de
rhétorique coloniale'. Ce modèle des trois
âges se structure à partir des
données démographiques que l'on peut
recueillir par exemple dans les communes de l'ex bassin
minier. On voit ainsi, à partir des registres de
recensement, se dérouler le mécanisme
à travers les mêmes familles, les
mêmes lignées. - une modélisation de la
dynamique de l'émigration algérienne
exposée dans "Les trois âges de
l'émigration"1; - un concept issu de la culture
même de l'émigré qui désigne
la condition d'immigré, el ghorba ; - un outil utilisé au cours
de la procédure d'enquête mais faisant aussi
partie de l'analyse du sociologue : le récit de
vie. Le second élément
déterminant fut la notion d'el ghorba. Ce terme
désigne à la fois le départ, l'exil
et l'arrachement, la condition de l'émigré
qui a quitté le village natal, la " petite patrie
". " Dans la logique traditionnelle, la
vérité d'el ghorba est d'être
associé au " couchant " ; à
l'obscurité ; à l'éloignement et
à l'isolement (parmi les étrangers, donc
à leur hostilité et à leur
mépris) ; à l'exil; à la frayeur
(celle que suscite la nuit et le fait de se perdre dans
une forêt ou une nature hosti- 'Sayad Abdelmalek, "La double
absence. Des illusions de l'émigré aux
souffrances de l'immigré ", Paris, Seuil, 1999,
439 p. ZMontagne Robert,
"L'émigration nord-africaine en. Son
caractère familial et villageois ", "Hommages
à Lucien Febvre ", Paris, A. Colin, 1953, 452
p. 3Je n'oublie pas bien entendu la
rupture radicale représentée par la
publication de la thèse d'Andrée
Michel le) à l'égarement
(par perte de sens de l'orientation) au malheur, etc "4.
Mais el ghorba désigne aussi, dans les
récits des migrants, le pays d'accueil
rêvé, idéalisé,
présenté à ceux qui sont
restés. L'ambiguïté est le temps valeur de
témoignage historique. On peut citer le
récit autour duquel s'organise le texte
intitulé " La " faute " de l'absence "6. La
personne narre un parcours d'émigration qui
démarre en 1953 et qui se "L'immigration algérienne
dans le Nord Pas de Calais", 1909-1962 Alors que la région du
Nord/Pas de Calais est une terre de vieille immigration,
cette ancienneté s'est estompée dans le
souvenir. II faut donc retrouver les fils conducteurs
d'une histoire intimement liée à celle de
la population. A l'heure où l'information
immédiate se focalise sur des
événements ou des faits qui font peur et
qui engendrent la méfiance, le recours à
l'histoire permet de restituer les parcours, les apports
et de cerner les enjeux de la présence des
migrants originaires d'Algérie. ou un autre, " firent l'histoire ".
Comment ne pas utiliser ces références et
ces clés d'interprétation quand on suit le
parcours d'un jeune kabyle qui arrive à 25 ans
comme mineur à Liévin, puis monte peu
à peu dans la hiérarchie du PPAMTLD, pour
terminer comme l'un des cinq " fédéraux "
de la fédération de France du FLN et
à ce titre organiser la manifestation du 17
octobre 1961. Le destin de celui qui s'appelait Pedro
dans la clandestinité renvoie aussi à ces
catégories. On peut également
évoquer le destin de ce jeune interprète
venu travailler en 1917 aux mines de SaintEtienne, qui
monte ensuite vers celles du Pas-de-Calais, deviendra
l'un des entrepreneurs en travaux publics les plus
importants de la région et dont le souvenir
demeure vivace. constante. Un écrivain,
Mouloud Feraoun, avait évoqué cette
condition, ce climat particulier dans des textes qui
devaient demeurer5. Dans ses textes, Abdelmalek Sayad a
fréquemment recours à une démarche
qui consiste à présenter un récit de
vie qui lui permet à la fois de développer
un itinéraire individuel et d'amener le lecteur
à retrouver, à partir de ce parcours, le
général, voire l'universel. Le récit
de vie ne sert pas à illustrer le propos de
manière un peu annexe, mais il occupe une place
centrale dans la démonstration. L'analyste part de
ce récit reproduit in extenso. Cette pratique et
les résultats qu'elle donne interpellent
évidemment l'historien. Autrement dit, l'approche
quantitative, nécessaire, n'est pas suffisante.
Les récits de vie et les approches biographiques
constituent aussi une source incontournable. D'ailleurs,
certains des textes recueillis par Abdelmalek Sayad, ont
acquis avec 4 Sayad Abdelmalek, " Elghorba ", "
L'immigration ou les paradoxes de
l'altérité ", Bruxelles, De Boeck
université, 1991, 331p, p 47. SMouloud Feraoun, " La terre et le
sang ", Seuil, 1993, l'oeuvre de Slimane Azem qui ne
parle que de cet exil. 6La " faute " de l'absence ", "
L'immigration ou les paradoxes de
l'altérité ", opus cité, p
111. 254 p. Mais il ne faut pas oublier
toute déploie entre Roubaix, les
villes du bassin minier et Saint-Dizier. Parcours assez
emblématique, similaire à celui suivi par
des milliers d'hommes qui allaient de ville en ville pour
trouver du travail au début des années
cinquante. Le travail du sociologue saisit à
travers cette situation particulière ce qu'ont
été l'itinéraire et le destin de
milliers de migrants que l'historien retrouve dans des
données statistiques. Comment ne pas rapprocher ce
parcours d'autres, connus ou inconnus. On pourrait ainsi
évoquer ces situations qui apparaissent à
travers l'enquête de 1923 ou encore celles
décrites par les secrétariats sociaux
auprès de l'évêque de Lille en 1952.
Ces parcours, on peut les rattacher, les expliquer, les
éclairer à partir des outils d'analyse
élaborés par Abdelmalek Sayad. A côté des parcours
des inconnus, l'historien peut et doit
s'intéresser aux itinéraires de ceux qui,
à un titre Ainsi se met en place, de
manière naturelle, un va et vient constant entre
la lecture des archives, au fur et à mesure de
leur découverte, et les textes du sociologue. Les
seconds servent de repères et les premiers
illustrent et montrent le caractère
opératoire des premiers. Peu à peu, le
lecteur pénètre une aeuvre complexe et
riche et découvre sans cesse de nouveaux outils
lui permettant d'aller plus avant dans l'exploration des
archives et des témoignages. Mais le sommet de l'art est sans
doute atteint dans l'article intitulé " La lettre
: A Madame, encore à boire ". S'il est un texte
qui permet de prendre conscience de l'art du sociologue,
c'est bien celui-là. A partir d'une chanson de
Slimane Azem, le rossignol de Kabylie, Abdelmalek Sayad
élabore une vision saisissante de l'exil, de la
solitude et de l'absence. II n'est pas seulement un
sociologue, il fait partie de ces écrivains dont
on emporte toujours un livre avec soi. J.R. G *Jean-René GENTY Inspecteur Général de
l'Administration de l'Education Nationale et de la
Recherche Un
tournant de la " Bataille de Paris " :
l'engagement de la Force de police auxiliaire (20 mars
1960). Rémy
Valat* Les sources d'archives
citées en référence appartiennent
toutes aux fonds la série H " Guerre
d'Algérie-Décolonisation " des archives de
la préfecture de police. Les photographies
proviennent de fonds privés et ont
été reproduites avec l'aimable autorisation
du lieutenant-colonel Raymond Montaner. Les
investigations dans les archives ont été
complétées par la collecte de
témoignages . 1. Les sources et état de
la question. Le contexte parisien de la guerre
d'Algérie n'est essentiellement connu qu'au
travers du prisme déformant des
événements d'octobre 1961. Les
manifestations des 17, 18 et 20 octobre 1961 ont fait
l'objet de diverses publications et de travaux
universitaires ou journalistiques . Les auteurs de ces
écrits s'intéressent principalement
à la situation particulière des derniers
mois du conflit à Paris, au déroulement des
manifestations et au nombre des victimes à
attribuer à la police ou aux règlements de
comptes entre le Mouvement nationaliste algérien
(MNA) et le Front de libération nationale (FLN).
En périphérie de ce sujet
controversé se situe la Force de police
auxiliaire, unité supplétive
rattachée à la préfecture de police
vivement critiquée dès les premiers mois de
son engagement . L'accès
généralisé aux archives de la guerre
d'Algérie et les premiers travaux de M. Jean-Paul
Brunet et de Melle Linda Amiri ont ouvert la voie. Ces
chercheurs abordent partiellement le sujet, mais sans
l'approfondir, car celui-ci se situe en
périphérie du thème principal de
leurs recherches. Ces derniers ont eu l'accès pour
leur rédaction aux dossiers des archives du
cabinet du préfet et du Service de coordination
des Affaires algériennes, conservés par le
service des archives et du musée de la
préfecture de police, et qui constituent
l'essentiel de la documentation utilisée pour cet
article. N'ayant pu jusqu'à présent
consulter les archives de la Fédération de
France du FLN, probablement dispersées dans divers
fonds privés, l'analyse du comportement interne du
Front ne s'appuie que sur quelques rapports et documents
saisis par la police. Néanmoins, les
précieux témoignages de policiers
auxiliaires permettent un éclairage sur ce point,
puisque certains d'entre eux - ceux résidant en
région parisienne - cotisaient sous la contrainte
et ont appartenu de facto à l'organisation. Le
récit des officiers et des hommes de cette
unité sont d'un apport inédit : ils
complètent avantageusement le contenu, pourtant
très complet, des archives. La minutieuse
confrontation des témoignages et des archives
publiques ouvre un chantier historique en grande partie
inexploré qui pourrait lever le voile sur la "
Bataille de Paris " en la situant dans son exacte
durée historique, mais aussi et surtout en
dépassant l'aspect douloureux, mais
scientifiquement restrictif, des violences à
impartir aux deux camps en lutte. L'affrontement entre la
Force de police auxiliaire et les groupes armés du
Front de libération nationale s'est
déroulé dans une ville qui saisit mal la
réalité de cette guerre. Il existe d'une
part des militants algériens et des policiers
auxiliaires qui se livrent à un combat sans merci
et d'autre part, une population qui en perçoit les
échos ou assiste parfois aux manifestations de
violence des belligérants sans réellement
les comprendre. 2. Le contexte parisien de la
guerre d'Algérie. A partir de 1956, la
préfecture de police cherche à
démanteler l'organisation politico-administrative
(OPA) du FLN dans le département de la Seine. Les
services actifs de la police parisienne parviennent, en
collaboration avec la Direction de la Sûreté
du Territoire (DST), à désorganiser
temporairement le parti nationaliste, sans
l'anéantir. Les arrestations de cadres
supérieurs de l'OPA, bien que spectaculaires,
demeurent sans effet face à une structure sans
cesse renaissante. Ainsi, l'arrestation de Tahar Arkoub
et des dirigeants de la wilaya de Paris-Centre en
novembre et décembre 1959 décapite
provisoirement l'organisation dans la capitale. Ces
opérations permettent la saisie de documents
importants et l'arrestation de militants par la DST et la
préfecture de police. Mais le mouvement parvient
à se structurer à nouveau et à
promouvoir de nouveaux cadres. Uniquement orientés
vers la répression des manifestations du
nationalisme algérien (attentats, manifestations
sur la voie publique, grèves
), le
gouvernement et la préfecture de police
n'apportent pas de solution à ses motifs. La
police parisienne ne fait pas son profit des avantages
conférés par les divisions qui opposent les
deux branches rivales de l'indépendantisme
algérien - FLN et MNA. Entre les mois d'août
et décembre 1957, période paroxystique du
conflit entre nationalistes, le FLN s'impose
militairement sur le MNA en métropole.
L'affaiblissement du MNA est également sensible
dans le département de la Seine. Le mouvement
perdure difficilement en province, où le
messalisme conserve quelques bastions , mais dans la
capitale, le MNA est réduit à la
défensive, dans des secteurs d'implantation
réduits . Cette guerre civile fera en France,
selon les chiffres officiels, entre le 1er janvier 1956
et le 23 janvier 1962, 10 223 victimes (dont 3 957
tués) . Ces affrontements prennent la forme, selon
le vocabulaire nationaliste et policier, de sanctions et
de règlements de comptes internes entre les deux
partis nationalistes. 3. La préfecture de
police et la guerre subversive : de l'émergence de
la stratégie ternaire à la
nécessité de constituer une force de police
supplétive (1956- juillet 1959). A partir de 1956, la
préfecture de police adopte une stratégie
défensive alliant la collecte d'informations sur
les organisations nationalistes - reposant sur la
divulgation de renseignements internes par des
indicateurs - et l'arrestation des cadres et des
militants du FLN et du MNA. En collaboration avec le
Service de coordination des informations nord-africaines
du ministère de l'Intérieur (SCINA) , la
préfecture de police transmet et reçoit des
renseignements - en provenance parfois des
départements métropolitains et
algériens - concernant les membres des
organisations nationalistes agissant dans sa
circonscription administrative. Le volet répressif
est confié à la Brigade des agressions et
des violences (BAV) de la direction
générale de la Police judiciaire,
unité créée en 1953, qui se
spécialise progressivement dans la
prévention et la répression de la
délinquance et du nationalisme nord-africain. La
BAV bénéficie, au même titre que
l'ensemble de la police métropolitaine, d'un
renforcement de ses moyens légaux en
matière répressive, par l'application de la
loi du 26 juillet 1957, qui élargit les pouvoirs
spéciaux, jusqu'alors exercés en
Algérie, à la métropole.
L'exécution des dispositions de ce texte se
traduit, en matière de police judiciaire, par un
pouvoir de perquisition diurne et nocturne et
d'assignation à résidence des personnes
suspectées déjà sanctionnées
par une condamnation pénale (néanmoins
celle-ci doit être postérieure à la
date de promulgation de ladite loi). Jusqu'en 1958, la
préfecture de police utilise une stratégie
binaire reposant sur le diptyque
renseignement/répression, lui même assis sur
la possibilité d'un éloignement. Ce dernier
n'est pas préventif, il vient sanctionner un
délit. En mars 1958, le nouveau
préfet de police, Maurice Papon, réorganise
promptement les services en appliquant une doctrine plus
adaptée au domaine de la guerre subversive. Les
mouvements nationalistes aspirent à
contrôler une population immigrée source de
revenus pour le mouvement, mais également - et
surtout - source de légitimité politique.
L'enjeu pour chacun des protagonistes est le
contrôle, voire l'adhésion volontaire ou
forcée des 150 000 Algériens
résidant et travaillant dans le département
de la Seine. A cet effet, le préfet de police
adopte une stratégie de reconquête de la
population, inspirée des méthodes de guerre
psychologique utilisée en Algérie et
auparavant, en région parisienne par le Service de
surveillance et de protection des indigènes
nord-africains (SAINA), service de la préfecture
de police, créé en 1926 et dissous en 1945
. Maurice Papon développe
une stratégie en trois volets : 2) L'action
répressive. 3) La neutralisation par
l'éloignement des nationalistes les plus actifs
et la protection des personnes menacées de mort
par le FLN. L'action psychologique et sociale
s'organise, sous forme embryonnaire, à partir du
mois de juin 1958 . La préfecture de police
effectue des opérations inédites de
contrôle de salubrité dont le souci est
autant de veiller aux conditions sanitaires des
immigrés que de contrer l'action des
comités d'action sociale et d'hygiène du
FLN. Après une première expérience
dans le 15ème arrondissement (où est
installée une permanence d'aide administrative et
sociale), il est décidé d'étendre
à l'ensemble de la métropole un service
d'action psychologique coordonné par une structure
idoine. Le Groupe de travail et d'action psychologique
(GAP) , créé à l'initiative de la
présidence du Conseil, est à l'origine de
la constitution du Bureau de renseignement
spécialisé (BRS), puis du Service
d'assistance technique aux Français musulmans
d'Algérie (SAT-FMA) à la préfecture
de police, et plus généralement de la mise
en place pour l'ensemble du territoire
métropolitain du Service d'assistance technique
(SAT) . Bien que chargés d'une action de
surveillance et de contrôle , les 4, puis 6
après octobre 1959, bureaux de secteurs du SAT-FMA
veillent aussi au bien être des populations en leur
facilitant notamment la délivrance de documents
administratifs (cartes d'identités, passeports,
autorisations de voyage vers l'Algérie
) et
en octroyant des aides financières, voire en
aidant les sans emplois à trouver un travail. Le
commandement de ce service et des antennes de secteur est
confié à des officiers des Affaires
algériennes, détachés auprès
du préfet de police. D'une manière
générale, Maurice Papon substitue au
concept panoptique (et unilatéral) de la
surveillance et du renseignement le concept synoptique du
renseignement par l'action psychologique et sociale.
Dans un souci de meilleure
collaboration des services et d'efficacité,
reprenant ainsi le projet non retenu à l'origine
de la constitution du SCINA d'adjoindre un volet
répressif à son action de renseignement, le
préfet de police ratifie le 23 août 1958
l'arrêté de création du Service de
coordination des affaires algériennes (SCAA). Sous
la direction du cabinet du préfet, le SCAA
coordonne à partir de cette date l'action des
services - existants et nouveaux
-spécialisés dans la lutte contre le
nationalisme algérien. Outre le SAT-FMA et la
section de renseignement , le SCAA supervise les
opérations d'unités actives : la BAV et ses
deux sections (enquêtes et voie publique), la
8ème brigade territoriale (8ème BT),
unité territoriale de police judiciaire, les
équipes spéciales de district
(composée d'éléments en civil
chargés de la surveillance des milieux musulmans),
et à partir du 1er décembre 1959, la Force
de police auxiliaire (FPA), appelée
également Force auxiliaire de police (FAP) .
A partir de la promulgation de
l'ordonnance du 7 octobre 1958, le préfet de
police bénéficie du pouvoir d'internement
préventif des " individus dangereux pour la
sécurité publique, en raison de l'aide
directe ou indirecte qu'ils apportent aux rebelles des
départements algériens ". A ce titre, le
SAT-FMA est chargé de la gestion administrative
des centres d'internements (c'est-à-dire le centre
de Vincennes) et de leur inspection à la demande
du ministère de l'Intérieur (pour les
centres de Vadenay et de Saint Maurice l'Ardoise). Il
veille aussi à la protection des individus
menacés par le FLN, et à ce titre
administre un centre regroupant cette catégorie de
personnes au fort de Nogent. La particularité du SCAA est
d'intégrer les trois volets de la nouvelle
stratégie. Cette intégration est le
principal atout de ce service ; elle permet
structurellement l'exploitation quasi-immédiate
des informations recueillies par l'exécution
rapide d'opérations de police, et la
neutralisation des nationalistes les plus actifs par
l'internement administratif ou l'éloignement. Le
principe de coordination des services dans le cadre de la
lutte anti-terroriste inspiré par le SCAA, sera
repris dans les mois suivants par la préfecture de
police et le ministère de l'Intérieur dans
le cadre de la lutte contre l'Organisation de
l'Armée secrète (OAS). Le service ad hoc,
créé en décembre 1961, sera
baptisé : Bureau des liaisons (BDL) . Le principe
de coordination des services en matière de
renseignement est un phénomène
récurent de la période du conflit
algérien . Cependant, entre août 1958 et
mars 1960, cette doctrine ne permet pas l'obtention des
résultats escomptés, et ceci malgré
l'amélioration de l'efficacité des services
actifs du SCAA, constatée en 1959. La
préfecture de police ne parvient pas à
prendre l'initiative. La transition se concrétise
en mars 1960, avec l'engagement d'une force
supplétive de police de recrutement arabe et
kabyle. Cette unité devient, dès son
activation, le fer de lance du SCAA. Les raisons de son
efficacité sont multiples, mais la principale est
structurelle : la police supplétive est la
concentration, en une seule formation, de la presque
totalité des procédés
opérationnels de son service de tutelle. Elle
regroupe à elle seule les trois volets de la
stratégie ternaire. Outil de renseignement et
d'action psychologique, elle infiltre efficacement les
réseaux du FLN et organise des réunions de
propagande dans les cafés arabes. Outil
répressif, elle met sur pied des opérations
de police dans la capitale (patrouilles et rafles). Outil
de neutralisation, elle assure en outre le transfert des
interpellés au centre d'internement de Vincennes,
et veille, par l'intégration dans ses rangs,
à la protection des individus menacés
(souvent des anciens cadres du FLN ralliés ou des
personnes ayant communiqué des renseignements).
Egalement conçue comme une unité de lutte
anti-terroriste et d'infiltration, la police auxiliaire
voit ses pouvoirs légaux limités à
ceux de la police municipale, ce qui, au lieu de lui
ôter des prérogatives, lui confère au
contraire une plus grande capacité
opérationnelle (notamment en matière de
contrôle dans les lieux publics). Néanmoins,
cette unité est conçue pour opérer
en toute légalité dans le cadre du SCAA. En
effet, l'exploitation des renseignements réunis
par la police auxiliaire nécessite obligatoirement
une validation judiciaire ce qui explique la
participation conjointe de la BAV ou de la 8ème BT
lors des perquisitions. C'est pour ces raisons que, la
FPA est constituée au cours de l'été
et de l'automne 1959. Elle est l'aboutissement de la
nouvelle doctrine de la préfecture de police, que
nous appellerons la " stratégie ternaire
intégrée ". 4. La genèse de la Force
de police auxiliaire : du bidonville de Nanterre au fort
de Noisy (juillet 1959-mars 1960). La FPA est un makhzen,
c'est-à-dire un élément de police
supplétive composé de mokhaznis,
recrutés comme fonctionnaires contractuels et
chargés d'assumer des opérations de police
sous les ordres d'officiers des Affaires
algériennes. Charles-Robert Ageron définit
ces unités comme des groupes semi-militaires en
charge de la protection des sections administratives
urbaines (SAU) sous la direction de l'administration
civile française des Affaires algériennes .
A l'identique, le makhzen parisien dépend
administrativement du Secrétariat
général des Affaires algériennes,
c'est-à-dire directement du cabinet du Premier
ministre, et mis à la disposition du préfet
de police pour les aspects opérationnels. La FPA
doit également compléter l'action
psychologique et sociale du SAT-FMA. Cependant, cette
création ne constitue pas un
précédent. Déjà, en avril
1956, le ministre-résidant Robert Lacoste fixa,
à l'aide d'une circulaire, les règles de
création et d'organisation de cette
catégorie de policiers ayant une mission de
maintien de l'ordre. En métropole, le
préfet de la Drôme, Ghisolfi, constitua
à Valence, dès 1957, une formation de
policiers supplétifs algériens en civil .
L'idée de constituer une
Force de police auxiliaire appartient au capitaine
Raymond Montaner, chef du 1er secteur du SAT-FMA à
Nanterre. Ce dernier, ancien officier de spahis ,
conseillé par un habitant du bidonville de
Nanterre développa l'idée de l'organisation
d'une " harka " . L'officier fît part de son projet
au capitaine Cunibile, l'adjoint du commandant du
SAT-FMA, et aux cinq autres chefs de secteurs, lors d'un
entretien informel consécutif à une des
réunions hebdomadaires des officiers du SAT . Peu
après, il rédige un exposé des
motifs détaillé qu'il adresse à
l'état-major du SAT-FMA, le 5 juillet 1959. Son
mémoire intitulé " Destruction de
l'organisation rebelle dans le département de la
Seine. Une solution, la seule ! " détaille les
orientations souhaitables pour donner l'initiative aux
forces de l'ordre. Ce rapport met l'accent sur la
nécessité de détruire l'organisation
répressive du FLN qui entrave l'action
psychologique et sociale initiée par la
préfecture de police. Il propose dans ce but la
constitution d'une force de police supplétive
chargée de contrer le bras armé du FLN :
l'organisation spéciale (OS) . Le makhzen serait
composé d'agents doubles, l'équipe
invisible et de compagnies apparentes, en uniforme,
positionnées dans les quartiers à forte
implantation nord-africaine. Le 29 juillet 1959, le
préfet de police adresse au ministre de
l'Intérieur, un projet reprenant cet
exposé. Le 18 septembre suivant se tient au
cabinet du Premier ministre, Michel Debré, une
réunion à laquelle participe Maurice Papon.
Le Premier ministre accepte la constitution de
l'unité, mais en limite le budget de
fonctionnement et les effectifs : le " Service de
protection des travailleurs algériens dans la
métropole " - appellation initiale de la Force de
police auxiliaire - doit tout d'abord être
expérimenté dans le département de
la Seine avant d'être étendu à
l'ensemble du territoire. La police supplétive,
à l'instar des SAT un an auparavant, doit
être expérimentée dans le
département de la Seine avant toute application
nationale. Lors du conseil interministériel du 28
septembre 1959, la création de l'unité est
confiée au préfet de police en liaison avec
le Secrétariat général aux Affaires
algériennes . Le projet est retenu notamment en
raison de son caractère " absolument
complémentaire du refoulement sur l'Algérie
" . Au cours de l'automne 1959, le makhzen est en cours
de constitution. Un premier contingent de policiers
auxiliaires est recruté en Algérie
(principalement à Alger). Coïncidence ou
volonté opérationnelle, cette
création est concomitante aux tentatives visant
à employer des musulmans contre le FLN en
métropole . Le capitaine Montaner ne semble pas
être informé des divers projets de
l'entourage du Premier ministre à ce sujet . La
décision n°5096 du 25 novembre 1959 du
secrétariat général pour les
Affaires algériennes décide qu'un
contingent de " 400 agents contractuels musulmans " sera
mis à partir du 1er décembre 1959, à
la disposition du préfet de police. Ce
rattachement administratif témoigne du
contrôle direct que souhaite avoir le cabinet du
Premier ministre, via le Secrétariat d'Etat des
Affaires algériennes qui lui est rattaché,
sur cette force supplétive embryonnaire d'une "
troisième force ". Le 28 décembre 1959, le
premier détachement de 92 hommes (dont 82
recrutés à Alger - pour la plupart du Clos
Salembier, ancienne SAU du capitaine Montaner - et 10 en
région parisienne) est installé au fort de
Noisy à Romainville. L'instruction commence le 4
janvier 1960. La constitution de la FPA inquiète
l'état-major parisien du FLN qui met en uvre
des opérations de renseignement pour
connaître l'organisation de l'unité. Des
agressions sont commises contre les policiers auxiliaires
en permission. Un stagiaire sera gravement blessé
par balle à la tête en février 1960,
non loin de la place Pigalle , un autre retrouvé
mort dans la Seine . L'entraînement s'accompagne
d'opérations ponctuelles visant à tester la
valeur opérationnelle des supplétifs. Le 17
mars 1960, un groupe de policiers auxiliaires participe
à une opération combinée en
collaboration avec la police municipale dans les
localités de Montreuil et de Bagnolet.
Après les premières opérations
d'infiltration, l'unité visible peut être
engagée. 5. L'engagement de la Force de
police auxiliaire : prise d'initiative et
démantèlement de la région 1 221.
Le démantèlement de
la région 1221, sise dans le quartier de la Gare
(13ème arrondissement), est dicté par les
gains psychologiques que la préfecture de police
espère retirer, en amenuisant l'emprise du FLN sur
un quartier à forte implantation musulmane, qui
fut parmi les premiers à être gagné
à la cause du nationalisme algérien . Son
but principal est d'interrompre les collectes
financières du FLN dans l'arrondissement.
S'appuyant sur de nombreuses informations
regroupées par la section de renseignement,
probablement à partir des archives de la wilaya de
Paris-Centre récupérées en
décembre 1959, le préfet de police
espère déstabiliser l'adversaire par le
caractère soudain et imprévu d'une
implantation de la FPA dans ce quartier. Cette
opération est un essai, la préfecture de
police évite dans un premier temps de mener une
action directe contre la zone 1112 du 18ème
arrondissement (quartier de la Goutte d'Or).
L'opération dans le 13ème arrondissement
est la première effectuée par la FPA, et
doit pour cela être menée dans des
conditions optimales. La faiblesse numérique de
l'unité et la crainte d'une usure rapide, imposent
ce choix. Il s'agit d'une opération test . Le
13ème arrondissement correspond dans
l'organisation administrative du FLN à la
région 1.221 . Celle-ci comporte " 3200militants,
adhérents et sympathisants (sur une population
algérienne de 3 500 à 4000 individus)
répartis en 7 secteurs, 17 kasmas, 49 sections,
115 groupes, 64 fractions et environ 660 cellules. Les
commerçants, au nombre de près de 170, soit
la presque totalité des exploitants
algériens de cafés-hôtels-restaurants
(24), cafés-hôtels (36), hôtels (13),
cafés-restaurants (11), cafés (10),
épiceries (17), coiffeurs (6) ainsi que les
marchands ambulants, artisans, chauffeurs de taxis,
etc
sont organisés en 3 sections, 7 groupes
et 33 cellules. La population algérienne de
l'arrondissement étant estimée à
3700 personne, y compris femmes et enfants, on peut
admettre que plus de 70% d'entre elles apportent
volontairement ou non leur cotisation au FLN. La somme
collectée au mois de novembre dernier se serait
élevée à près de 20 millions
d'anciens francs répartis comme suit : - Dons : près de
8.000.000. de francs, - Amendes : 135.000.
francs, - Versement des
commerçants : 2.230.000. francs . Le contexte stratégique est
également favorable. La nouvelle orientation
politique du chef de l'Etat et les contacts pris par
celui-ci avec des représentants du FLN laisse
à l'état de latence le danger terroriste.
La relative accalmie est propice à l'installation
de la nouvelle unité. Mais elle n'est pas sans
risque, puisque l'organisation spéciale ne cesse,
malgré les nombreuses saisies d'armes, de pourvoir
à son ravitaillement et à son
recrutement. C'est pourquoi, le dimanche 20 mars
1960, entre 4 heures et 5 heures et quart du matin, la
FPA s'installe dans des hôtels bastions du FLN dont
les locataires ont été
évacués par la police municipale pendant la
nuit. Lors de l'implantation, une centaine de policiers
auxiliaires s'installent dans six hôtels
frappés par une mesure administrative de fermeture
. La police municipale protège la zone, tandis que
les policiers auxiliaires prennent sommairement
possession des locaux et détachent les
premières patrouilles de reconnaissance dans le
secteur qui leur est assigné . Les effectifs se
divisent par groupes de trois : le premier groupe
protège le lieu de cantonnement de la section, le
deuxième est de service dans la rue dans sa zone
d'opération et le dernier est de repos
. L'offensive se déroule en
deux temps : - La deuxième phase, est
celle de l'exploitation de l'offensive par la
désorganisation des bases arrières de
proximité de l'arrondissement, notamment le
14ème arrondissement et Vitry-sur-Seine, et
à l'exécution d'une série
d'opérations d'infiltrations et de patrouilles
dans des arrondissements parisiens de plus en plus
éloignés du 13ème arrondissement
et de Romainville . La neutralisation s'opère
dès les premiers jours. La FPA limite son action
visible aux contrôles d'identité et à
l'envoi à l'antenne SAT des personnes en situation
irrégulière . En revanche,
l'activité parallèle est promptement
efficace. Dès le 21 mars, trois membres de
l'organisation nationaliste sont arrêtés .
Pendant la nuit du 23 au 24 mars, des descentes dans les
hôtels et meublés de l'arrondissement,
conduites en collaboration avec la BAV, permettent
grâce aux indications fournies par un cadre
frontiste, l'interpellation de six membres de l'OPA et la
saisie de documents importants . Ces rafles obligent les
cadres de l'organisation à quitter
l'arrondissement . Bénéficiant de l'effet
de surprise et d'informations préalables, le
capitaine Montaner met immédiatement en place un
réseau d'informateurs et donne une grande
liberté d'action à chacun de ses chefs de
sections pour obtenir un maximum de renseignements
auprès des gérants d'hôtels. Les
chefs de section retournent, selon le vocabulaire
policier, quelques individus transmettant des
informations d'ambiance . Ces infiltrations donnent des
résultats probants. Ces agents placés dans
les hôtels et dont la collaboration est souvent
spontanée apportent quotidiennement des
renseignements. Les indicateurs sont majoritairement des
commerçants et des gérants d'hôtels :
sur une liste de 7 indicateurs, dont la profession a pu
être clairement identifiée par les officiers
de la Force de police auxiliaire, 4 sont gérants
de cafés-hôtels, 1 est épicier et 2
travaillent dans le secteur secondaire . En un mois, la
désorganisation, qui s'accélère
à partir du 23 avril, affecte les structures
locales du FLN . Les arrestations initiales, et les
indications obtenues à leur suite, ont un effet
accélérateur du démembrement, car la
plupart des interpellations entraînent à
leur tour des " dénonciations en chaîne " .
Ainsi, " dans la journée du 25 [avril],
trois sections de kasmas différentes ont
été anéanties en exploitant les
renseignements obtenus à la suite d'une
arrestation unique. D'autre part, le ralliement d'un chef
de section a permis de localiser imm&eacu
Article de
Jean-René Genty.*
Article paru dans la Revue
d'Histoire : Outre-Mers, 1er semestre 2004,
N°342-343
1) L'action psychologique
et sociale/renseignement.
- Cotisations :
près de 9.500.000. francs,
- La première
phase, d'une durée approximative d'un mois,
consiste - à partir des informations
préalablement connues - à neutraliser la
kasma locale et à sécuriser le secteur
d'implantation. La neutralisation vise à
l'arrestation et à la conduite au centre
d'internement de Vincennes des cadres locaux de
l'organisation, et à l'infiltration des
réseaux nationalistes du quartier.
L'opération a essentiellement pour but
d'interrompre la collecte du secteur et à
perturber le fonctionnement administratif du FLN dans
l'arrondissement. La sécurisation a pour but de
protéger les populations et les soustraire de
l'emprise du FLN afin de nouer des relations
privilégiées avec elles. Ces contacts
ont aussi un but préventif, car l'assurance
d'un réseau de soutien est utile pour anticiper
les attaques auxquelles s'expose l'unité.